La guerre contre le « spam » déclarée d’utilité informatique

Les courriels pornographiques ou publicitaires non désirés envahissent nos ordinateurs.

On les appelle « spam », « pourriel » ou « junk-mail ». Mais quel que soit leur nom, ces courriels non sollicités qui envahissent les boîtes aux lettres de nos ordinateurs sont devenus insupportables. Explications sur l’un des pires « dommages collatéraux » du courrier électronique.

Ras la souris ! Les internautes français en ont assez de recevoir de plus en plus souvent dans leurs boîtes aux lettres électroniques ces messages appelés « spams » qui les incitent au fil des jours à acheter du Viagra en ligne, à mater des photos pornographiques ou à jouer au casino. Selon une récente étude menée par AOL et Novatris, 90% des internautes français en ont déjà reçu et 77%, irrités, seraient favorables à la condamnation en justice de spammeurs.

C’est déjà le cas depuis peu aux Etats-Unis depuis que la Chambre des représentants américains a adopté, un mois après le Sénat, un texte autorisant les autorités fédérales à établir des registres pour les Américains désireux de ne pas recevoir ces pénibles courriers. Cette loi stipule aussi que les « spammeurs » risquent désormais jusqu’à cinq ans de prison et des amendes allant jusqu’à 2 millions de dollars. En France, il n’existe pas de texte spécifique à l’envoi de spams. On peut seulement s’appuyer sur la loi Informatique et Libertés du 6 juillet 1978 concernant la protection de la vie privée et des données personnelles, l’adresse courriel étant une donnée nominative et personnelle. Elle prévoit que tout expéditeur ayant collecté une adresse de façon non conforme encourt une peine de cinq ans de prison et 300 000 euros d’amende.

Le hic, c’est que pour poursuivre un contrevenant, il faut le trouver. En 2002, la Cnil avait engagé des poursuites contre cinq spammeurs. Deux d’entre elles ont déjà été classées sans suite, la police n’ayant pas pu identifier les auteurs des messages délictueux... Les fournisseurs d’accès à Internet, AOL en tête, tout comme la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) militent donc pour que soit facilitée la poursuite en justice des individus coupables de spams vers des internautes français. Ils souhaitent entre autres que les fournisseurs d’accès - en première ligne face au spam - soient autorisés à agir pour le compte de leurs abonnés.

Ce sera l’un des enjeux de la loi pour la confiance dans l’économie numérique présentée par la ministre de l’Industrie, Nicole Fontaine, qui arrivera pour une deuxième lecture au Palais-Bourbon à la mi-décembre.

Les publicitaires aussi

Il faut reconnaître que le spam est un vrai fléau. Non seulement, il est agaçant, mais il coûte cher : à chaque fois que vous consultez, ouvrez ou détruisez un message, c’est autant de temps de connexion inutile. Et parfois, il est carrément racoleur. « Comment se fait-il que ma fille de 10 ans, qui ne surfe que sur des sites pour enfants, reçoive régulièrement des messages de « SexyGirl69 », « HotTeen » ou « LovelyCynthia » lui proposant des produits miracles pour augmenter la taille de son pénis (sic !) ou des photos de Britney Spears en scabreuse position ? », s’insurge Sabine, maman aixoise de cinq filles. Et pas besoin de parler anglais. Le courriel contient généralement un lien à cliquer, qui oriente directement l’enfant vers des pages très « hard » !

Malheureusement, le phénomène est en développement constant. Normal : Internet met la communication de masse à la portée de tous. Le coût d’envoi d’un courriel est estimé à 2 ou 3 centimes d’euro contre 50 centimes en moyenne pour un courrier traditionnel. Et les résultats sont meilleurs : 5 à 15 % de retour par courriel contre 0,5 à 2 % par la méthode traditionnelle.

Parmi les spammeurs, on trouve donc toutes sortes de « communicants » : escrocs patentés, webmasters désireux de promouvoir leur site, pirates qui profitent du message pour glisser un virus, etc. Mais les publicitaires ne sont pas en reste. La profession privilégie de plus en plus le marketing personnalisé (« one to one ») aux grandes campagnes coûteuses et inefficaces. La différence ? Dans ce cas, les messages ne sont pas envoyés au hasard mais s’adressent au consommateur potentiel. Et celui-ci a généralement la possibilité de se désinscrire. Un spamming plus « propre », en quelque sorte, que la Cnil préfère qualifier de « publipostage électronique ».

Révisez votre anglais

Dans tous les cas, vous vous demandez sans doute pourquoi le message non sollicité est tombé précisément sur votre boîte aux lettres ? Par hasard, le plus souvent ! Si l’on exclut les publicitaires les mieux organisés qui achètent des fichiers à des entreprises comme Consodata, un spécialiste de la base de données comportementale, la grande majorité des spammeurs récupèrent des listes d’adresses à l’aveuglette, soit en s’échangeant des fichiers entre sites, soit en piochant dans les « newsgroups », les forums de discussion, les annuaires, les sites Web. Bref, partout où vous avez eu l’imprudence de laisser votre courriel...

Ils emploient même des logiciels qui fonctionnent comme de véritables aspirateurs d’adresses. Dans un deuxième temps, les spammeurs vont essayer de vous attirer avec des titres accrocheurs dans l’objet du message et trouver les formules qui flattent. Les pratiques tendent d’ailleurs à s’affiner : les titres des messages sont précédés de la mention « Re :», faisant croire à une réponse ; une certaine Julia vous parle comme si vous étiez de vieux copains et vous conseille un super site de photos de charme.

Certains indices vous permettent toutefois d’identifier rapidement la plupart des spams. Doivent ainsi vous paraître suspects les adresses courriel rédigées en anglais, écrites en majuscules ou contenant beaucoup de caractères spéciaux. Dans l’objet du message, traquez les intitulés clairement publicitaires ou promotionnels, les jeux-concours, les lots incroyables à gagner et les mots en majuscules.

Enfin, c’est le moment de réviser votre anglais, la grande majorité des spams étant anglophone. Si vous tombez sur les expressions « extra income » (revenu exceptionnel), « over 18 » (plus de 18 ans) ou « order today » (commandez dès aujourd’hui), pas de doute !

Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour se protéger. En priorité, interrogez votre fournisseur de messagerie pour savoir quels sont les outils qu’il met à votre disposition. Outre les procédures de filtrage, la plupart vous demande de signaler les spams que vous recevez, afin d’enrichir leurs connaissances sur les techniques des spammeurs et d’identifier des auteurs de spams abonnés à leur service. L’utilisation de logiciels antispams peut également vous aider. Mais surtout, soyez prudent : regardez où vous mettez les pieds lorsque vous surfez sur le Net et ne croyez jamais aux propositions de gagner des millions de dollars sans bouger de votre fauteuil !


Pour en savoir plus

www.caspam.org : un collectif d’information et de lutte contre le spam.

www.cnil.fr : La Cnil fournit une boîte à outils antispam.

www.afa-france.com : le site de l’association française des fournisseurs d’accès à Internet.

Mise à jour de cette page : mercredi 14 janvier 2004
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