L’Internet mondial se réunit pour accoucher d’une souris

169 pays participent pour deux jours à Genève au premier Sommet mondial de la Société de l’information. Les questions de la gouvernance mondiale et de la résorption de la fracture numérique sont éludées.

Première grande réunion de l’ONU consacré aux technologies de la communication, le SMSI (Sommet mondial sur la société de l’information) s’est ouvert mercredi en début d’après-midi à Genève, en Suisse. En dépit de l’absence remarquée de grands leaders politiques du « Nord » (George W. Bush, Vladimir Poutine, Jacques Chirac, Gerhard Schröder... ont décliné l’invitation), des représentants de 169 pays dont une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement - avec Jean-Pierre Raffarin pour la France - ont fait le déplacement sur les bords du lac Léman. Ils doivent y débattre pendant deux jours et demi des meilleurs moyens de réduire la « fracture numérique » Nord-Sud et d’instaurer une gouvernance mondiale de l’Internet. La société civile représentée par quelques centaines d’ONG et une poignée d’entreprises est également du voyage pour participer - en partie - au sommet et à des rassemblements parallèles. Soit un total estimé à 16.000 personnes pour un événement couvert par un millier de journalistes et 2.000 militaires et policiers suisses.

Les multiples réunions préparatoires ont déjà abouti à un projet de Déclaration de principes et à un vague plan d’action (non chiffré) que le SMSI doit adopter mais ces documents éludent les grandes questions litigieuses, probablement renvoyées à l’année 2005 où la ville de Tunis accueillera la deuxième partie du SMSI. Ainsi, alors que les pays du sud emmenés par le président sénégalais Abdoulaye Wade voulaient faire adopter la création d’un fonds de solidarité numérique internationale financé par une contribution volontaire de 1 dollar par ordinateur ou logiciel vendu (ou 1 % de chaque communication téléphonique), le sommet se contentera d’inscrire dans sa déclaration finale le principe d’un « calendrier pour la solidarité numérique ». Une idée acceptée du bout des doigts par les Etats-Unis qui n’ont dépêché à Genève qu’un haut fonctionnaire du département d’Etat mais que l’Union européenne, le Japon et le Canada étudieront dès 2004.

Autre question en suspens, les avancées sur la gouvernance mondiale de l’Internet. Les Etats-Unis qui ne veulent pas entendre parler d’un organisme de contrôle international ont apparemment obtenu gain de cause. La mention d’une « gestion (de l’Internet) multilatérale, transparente et démocratique, avec la pleine participation des gouvernements, du secteur privé, de la société civile et des organisations gouvernementales » incluse dans le projet initial du SMSI a disparu de la déclaration finale du sommet.

Enfin, bien que le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a tenté de parer aux critiques sur l’absence de mention des droits de l’homme en soulignant que le SMSI devrait réaffirmer le principe de la liberté d’expression, la politique de « cyber-répression » de certains Etats comme la Tunisie, la Chine ou la Russie ne sera pas non plus abordée au cours des débats. Le premier sommet mondial de la société de l’information a beau consacré la nouvelle ère d’une planète mise en réseau, l’Internet ne s’affranchit pas pour autant de la politique.

Mise à jour de cette page : jeudi 12 avril 2018
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